VIVE L’AN NEUF

  

Sommaire 

 

IMPATIENCE

Quoi ? Qu’est-ce que j’apprends ?
2015 en douce a foutu le camp ?
Moi qui voulais rire et chanter, 
Courir et danser
Sur les bords du Nil et du Lac Léman,
Des perles aux pieds , sur les cheveux des diamants ?

Ou le contraire, évidemment, selon mon envie,

Quoi ? Tout cela serait donc fini ?

On me dit que 2016 pointe son nez,
Qu’il faut laisser la place à cette nouvelle année …

Je veux bien un tout petit peu me pousser
Voir ce que ces jours nouveaux vont nous apporter.

Mais je me promets de monter dans le premier avion
Qui part pour Pékin, New-York ou Rueil-Malmaison !

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CARTE DE VOEUX

Ta traditionnelle carte de vœux
Me plait, m’interpelle et m’émeut.
Mais oui, tu as mille fois raison
Aux chants des sirènes, je dirai non
D’ailleurs, sirènes ou charlatans ?
J’ai la tête farcie de leurs boniments.
2017 pointe son nez
Je vais devoir voter
Je crois que sur mon bulletin
Je ferai un super dessin
De ma tête, mon nombril, de moi !
Je ne me regarde pas assez, je le conçois.
Je les entends d’ici, ils diront bulletin nul
Mais je n’ai que faire de leurs conciliabules.
Je ferai comme tu le préconises
Et en 2018, nous referons l’analyse …


PREMIERE CLASSE

Quoi ? Qu’est-ce que j’apprends ?
2017 en douce a foutu le camp ?
Moi qui voulais rire et chanter, 
Courir et danser
Sur les bords du Nil et du Lac Léman,
Des perles aux pieds, sur les cheveux des diamants ?

Ou le contraire, évidemment, selon mon envie,

Quoi ? Tout cela serait donc fini ?

On me dit que 2018 pointe son nez,
Qu’il faut laisser la place à cette nouvelle année …

Je veux bien un tout petit peu me pousser
Voir ce que ces jours nouveaux vont nous apporter.

Mais je me promets de monter dans le premier avion
Qui part pour Pékin, New-York ou Rueil-Malmaison !

J’ai imaginé que le théâtre serait déjà le moyen
De partir sur les routes, monter dans le premier train,

Voir des terres d’azur, des montagnes d’or,
Goûter aux stalactites, inventer des décors !

Non, je ne rêve pas, et je vois dans vos yeux, sur votre visage
Qu’avec moi, vous partez, sans hésitation et sans bagage,

Voyage en première classe, place à l’imagination,
Belle, inutile, sans fards et sans modération !


PARCE QUE

Parce que, dans ma boîte aux lettres, je n’ai plus la belle carte avec des paillettes qui me souhaitait une bonne année sur fond de traîneau et de neige en gros flocons, qui me permettait de croire encore au Père Noël puisque, oui, le voilà avec sa belle barbe blanche rassurante et son large sourire bon enfant,

Parce que, dans ma boîte aux lettres, je n’ai que des publicités pour l’escalier électrique qui me porte sans effort à l’étage du dessus (mais je n’ai même pas d’étage, d’ailleurs), ou pour la constipation (je vais bien merci), ou pour la colle pour dentier (mes dents tiennent encore toutes seules, re-merci), ou pour la convention obsèques (c’est trop tôt, non ??)

Parce que je crois comprendre que tous ces messages me renvoient brutalement à la face que le temps passe, (pfff, même pas mal !)

Parce que je veux dire la même chose, et que, oui, nous basculons dans une autre année, mais le dire avec infiniment plus de douceur, en attendant de re-faire l’andouille sur scène avec mes petits camarades, devant un public forcément acquis, ou de tenter de chanter sur le bon tempo avec mes amis de « chœur ».

Parce que, finalement, j’aime bien cette trouille qui me remue les entrailles et m’oblige à sortir de moi-même, histoire de voyager à peu de frais, à la force de mon imagination, histoire aussi de faire un pied-de-nez à leur confinement et autre couvre-feu,

Il m’est venu donc à l’idée de l’écrire simplement …


UNE BONNE ANNEE ASSUREMENT

Mesdames et Messieurs de la Cour, ma tâche n’est pas aisée.

Depuis quelques jours, ma cliente, l’année 2020, subit une déferlante de quolibets, d’ignominies, voire d’insultes. !
Oui ! D’aucuns se sont risqués à la qualifier « d’année de merde » ! Quelle audace !
Car peut-on imaginer nos enfants nés en 2020 dire à leur propre progéniture «je suis né l’année de merde » ? 
Si, sous d’autres latitudes, on peut dire « je suis né l’année du blé » ou bien « je suis né l’année des sauterelles », c’est autrement plus poétique, vous en conviendrez.

L’on met tant d’espoir dans l’année qui s’annonce et c’est tant mieux. L’espoir reste le moteur de l’existence.

Mais enfin, que reproche-t-on à ma cliente ? Reprenons les chefs d’accusation si vous le voulez bien.

LE MASQUE ! Mais n’a-t-il pas permis de ne pas se perdre dans les détails d’une bouche toujours trop ouverte ? N’a-t-il pas évité de se laisser happer par la forme d’un nez qui a l’outrecuidance de se placer juste au milieu du visage ? Ce masque tant honni nous donne la chance de scruter les détails d’un regard pour tenter d’en extraire les prémices d’un dialogue. Quelle aventure ! Que d’opportunités jusque là totalement inconnues !

LA DISTANCIATION SOCIALE ! (tiens, c’est une expression que l’on apprend au passage)
Est-ce toujours bon de se jeter à la tête de tout un chacun ? Ne faut-il pas voir la chance de prendre le temps de choisir ses amis et ses amours, et de s’épargner assurément les emmerdes ?

LE CONFINEMENT ! (voilà donc un autre mot qui nous arrive)
Mais c’est juste, enfin, du temps pour soi, ouvrir la porte du grenier et se plonger dans les souvenirs, s’écouter un peu, éveiller les émotions endormies, se découvrir des talents d’artiste, pourquoi pas ?
Et, paradoxalement, alors que l’on nous intime l’ordre de se terrer chez soi, c’est enfin l’occasion de penser à ses proches, de connaître ses voisins, vous savez ceux qu’on voit sans vraiment les voir en fait …

Alors, oui, à la charge de ma cliente, il a fallu fermer certains lieux de culture. Mais, soyons honnêtes, qu’avons-nous retenu au terme de l’année 2019, année « normale » s’il en est ? De quoi nous sommes-nous enrichis culturellement parlant ? Un bilan sincère serait le bienvenu.
2020 aura permis de faire un peu le ménage en quelque sorte, de voir éclore de nouveaux talents sous une autre forme. C’est peut-être un mal pour un bien, le temps de trier le bon grain de l’ivraie.

2021, année nouvelle célébrée, saura en tirer les leçons, nous n’en doutons pas.

Je ne devrai donc pas, Mesdames et Messieurs de la Cour, me retrouver ici devant vous, dans un an à défendre la même cause.

Cette année 2020, nous allons forcément la quitter.

Mais, pour que l’on ne regrette pas de l’avoir vécue, vous allez l’acquitter !


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